Notre Père | Prière Notre Père (2022)

EXPLICATION DUNOTRE PÈRE

PARSAINT THOMAS d’AQUIN

Note de sermonsdonnés à Naples, printemps 1273, prises de notes parPierre de Andria

Lesœuvres complètes de saint Thomas d'Aquin

PROLOGUE_1

I. Le NotrePère possède excellemment les cinq qualitésrequises pour toute prière.1

II. Lesheureux effets de la prière_3

NOTRE PÈRE_4

QUI ÉTESDANS LES CIEUX_6

Premièredemande: QUE VOTRE NOM SOIT SANCTIFIÉ_8

Deuxièmedemande: QUE VOTRE RÈGNE ARRIVE_10

Troisièmedemande: QUE VOTRE VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AUCIEL_13

Quatrièmedemande: DONNEZ-NOUS AUJOURD’HUI NOTRE PAIN QUOTIDIEN_16

Cinquièmedemande: ET REMETTEZ-NOUS NOS DETTES, COMME NOUS-MEMES NOUS REMETTONSA NOS DÉBITEURS_19

Sixièmedemande: ET NE NOUS LAISSEZ PAS SUCCOMBER A LA TENTATION_22

Septièmedemande: MAIS DÉLIVREZ-NOUS DU MAL. AMEN_25

Explicationabrégée de l’Oraison dominicale_26


I.Le Notre Père possède excellemment les cinq qualitésrequises pour toute prière.

1.- Parmi toutes les prières,l’oraison domi­nicale occupe manifestement la placeprincipale. Elle possède en effet les cinqqualités excel­lentes,requises pour la prière.

Celle-ci doit être

a)confiante,

b)droite,

c)ordonnée,

d)dévote

e)humble.

2.-a) Laprière doit être confiante, comme saint Paul l’écritaux Hébreux (4, 16): Appro­chons-nousdonc avec assurance du trône de (a grâce, dit-il,afin d’obtenir miséricordeet de trouver grâce pour un secours opportun.

L’oraison doit aussi procéderd’une foi sans défaillance, d’après saintJacques (1, 6): L’un de vous, déclare-t-il,manque-t-il de sagesse, qu’il la demande à Dieu...,mais qu’il la demande avec foi, sans hésitation aucune.

Pour plusieurs raisons, le Notre Pèreest la prière la plus sûre, la plus confiante.

N’est-elle pas, en effet,l’oeuvre de notre avo­cat, du plus sage des orants, dupossesseur de tous les trésors de la sagesse (cf. Col., 2, 3),de celui dont saint Jean a dit (1 épître 2, 1): Nousavons près du Père un avocat, Jésus-Christ leJuste? Saint Cyprien écrit dans son traité del’oraison dominicale "Comme nous avons le Christcomme avocat auprès du Père pour nos péchés,dans nos demandes de pardon pour nos fautes, présentons ennotre faveur les paroles de notre avocat.

L’oraison dominicale nous paraîtaussi une prière plus assurée d’êtreexaucée que tout autre pour le motif suivant Celui qui, avecson Père, écoute favorablement cette prière, estle même qui nous l’a enseignée; comme il l’affirmeau Psaume 90 (verset 15): Il criera vers moi et je l’exaucerai."C’est faire au Sei­gneur une prière amie,familière et dévote, dit saint Cyprien, que des’adresser à lui en repre­nant ses propres paroles."

Aussi en retire-t-on toujours quelquefruit, et, selon saint Augustin, elle lui remet les péchésvéniels.

3.-b) Notreprière doit, en second lieu, être droite,c’est-à-dire qu’elledoit nous faire demander à Dieu les biens qui nousconvien­nent. "La prière, dit saint Jean Damascène,est la demande à Dieu des dons qu’il convient desolliciter."

Fort souvent, la prière n’estpas exaucée pour avoir imploré des biens qui ne nousconviennent pas vraiment. Vous demandez et vous ne rece­vezpas, dit saint Jacques (4, 3), parce que vous demandez mal.

Il est bien difficile de savoir aveccertitude ce qu’il faut demander, car il l’est toutautant de savoir ce qu’il faut désirer. Et il n’estpermis de demander dans la prière que ce qu’il estper­mis de désirer. Aussi bien l’Apôtre lereconnaît, quand il écrit aux Romains (8, 26): Nousne savons pas prier comme il faut, ajoutant d’ail­leursaussitôt mais l’Esprit lui-même intercèdepour nous en des gémissements ineffables.

Mais n’est-ce pas le Christ quiest notre doc­teur? C’est bien à lui de nousenseigner ce que nous devons demander, puisque ses disciples luidirent (Luc, 11, 1): Seigneur, apprenez-nous à prier.

Les biens qu’il nous a appris àdemander dans la prière, il est donc très convenable ettrès sage de les demander. "Si nous prions d’unemanière juste et convenable, dit saint Augustin, quels quesoient les termes dont nous usons, nous ne disons rien d’autreque ce qui est contenu dans cette Oraison dominicale."

4.-c) Entroisième lieu, la prière doit être ordonnéeet réglée, comme le désirlui-même, dont la prière est l’interprète.

L’ordre convenable consiste en ceque nous préférions dans nos désirs et nosprières les biens spirituels aux biens corporels, les réalitéscélestes aux réalités terrestres, conformémentà la recommandation du Seigneur (Mt., 6, 33): Cherchezpremièrement le royaume de Dieu et sa justice; et le reste -le manger, le boire et le vivre- vous seront donnés parsurcroît.

Dans l’oraison dominicale, leSeigneur nous a appris à observer cet ordre. On y demande eneffet d’abord les réalités célestes etensuite les biens terrestres.

5.-d) Laprière, en quatrième lieu, doit être dévote

L’excellence de la dévotion,en effet, rend le sacrifice de la prière agréable àDieu. En voire nom, Seigneur, j’élèverai mesmains, dit le Psal­miste (Ps. 62, 5, 6), et mon âmese gorgera, comme de moelle et de graisse.

La prolixité de k prière,le plus souvent, affaiblit la dévotion; aussi le Seigneur nousenseigne à éviter cette prolixité superflue.Dans vos prières, dit-il (Mt., 6, 7), ne multipliezpas les paroles, comme font les païens. Saint Augus­tinécrivant à Proba, dit aussi: "Bannissez de laprière l’abondance des paroles; cependant ne manquezpas, si votre attention demeure fervente, de beaucoup supplier. Telleest la raison pour laquelle le Seigneur institua cette brèveprière du Notre Père.

6.- La dévotion vient de lacharité, qui est inséparablement amour de Dieu et duprochain.

Cette prière du Notre Pèreest une manifes­tation de ces deux amours. Pour montrer en effetnotre amour à Dieu, nous l’appelons "Père ",et pour signifier notre amour pour le prochain, nous prions pour tousles hommes ensemble, en disant: notre Père, et pousséspar le même amour, nous ajoutons: remettez-nous nosoffenses.

7.-e) Notreoraison doit, en cinquième lieu, être humble,suivant cette parole du Psal­miste(Ps. 101, 18): Dieu a regardé laprière des humbles.

Une prière humble est une prièresûrement exaucée. Le Seigneur nous le montre dansl’évangile du Pharisien et du Publicain (Luc, 18,9-15).Et Judith (9, 16), priant le Seigneur, lui disait: Vous aveztoujours eu pour agréable la supplication des humbles et desdoux.

Cette humilité est pratiquéedans l’Oraison dominicale, car la véritable humilitéexiste, quand quelqu’un n’attend que de la puissancedivine tout ce qu’il en doit obtenir.

II.Les heureux effets de la prière

8.- Il faut remarquer que laprière produit trois sortes debiens.

Premièrement, elleconstitue un remède utile et efficace contre les maux. Ellenous délivre en effet des péchés commis. Vousavez remis, Sei­gneur, l’iniquité de mon péché,dit le Psalmiste (Ps. 31, 5, 6); c’estpourquoi tout homme saint vous adressera sa prière. Ainsipria le larron sur la croix et il obtint son pardon, car Jésuslui répondit: En véritéje te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis(Luc, 23, 43). De la même manièrele publicain pria, et il revint à sa demeure justifié(cf. Luc, 18, 14).

La prière nous affranchit de lacrainte des péchés à venir, des tribulations etde la tristesse. Quelqu’un d’entre vous est-il dans latristesse, dit saint Jacques (5, 13), qu’il prie avecune âme tranquille.

La prière nous délivreaussi des persécutions et de nos ennemis. Il est écriten effet au Psaume 108 (verset 4): Au lieu de m’aimer, on mefait du tort, mais moi, je vous adresse ma prière.

9.- Deuxièmement,la prière est un moyen utile etefficace pour la réalisation de tous nos désirs. Toutce que vous demanderez dans la prière, ditJésus (Marc, 11, 24), croyez quevous le recevrez.

Et si nous ne sommes pas exaucés,c’est -ou bien parce que nous ne demandons pas avec insistance;il faut en effet toujours prier et ne pas se lasser, dit leChrist Jésus (Luc, 18, 1): -ou bien parce que nous nedemandons pas ce qui est le plus utile à notre salut. "LeSeigneur est bon, dit en effet saint Augustin, souvent il ne nousaccorde pas ce que nous voulons, pour nous donner les biens que nouspréférerions posséder, si notre volontéétait davantage accor­dée avec la sienne."Saint Paul en est un exem­ple, car par trois fois il demandad’être délivré d’une douleurpoignante dans sa chair et il ne fut pas exaucé (cf. 2 Cor.12, 8).

10.- Troisièmement,l’oraison est utile, parcequ’elle nous rend les familiers de Dieu. Quemu prière, disait le Psalmiste(Ps. 140, 2), demeure devant vous, commeun encens à l’odeur pénétrante etpersistante.

En latin, le premier mot de l’oraison domi­nicale estPater, Père.

11.- Demandons-nous Comment Dieuest-il Père? Et quelles sont nos obligations à sonégard, du fait de sa paternité?

Nous l’appelons Père àcause de la manière particulière dont il nous a créés.Il nous créa en effet à son image et à saressemblance, image et ressemblance qu’il n’imprima pasdans les autres créatures inférieures à l’homme.Il est lui-même notre Père, dit le Deutéronome(32, 6), lui qui nous a faits et nous a créés.

Il mérite aussi le nom de Père,à cause de sa sollicitude particulière, envers leshommes, dans le gouvernement de l’univers. Si rien, en effet,n’échappe à son gouvernement, celui-ci s’exercedifféremment envers nous et envers les créaturesinférieures à nous. Celles-ci, il les gou­vernecomme des esclaves, mais nous, il nous gouverne comme des maîtres.O Père, dit le livre de la Sagesse (14, 3), votreprovidence régit et conduit toutes choses; et (Sag. 12,18): vous disposez de nous avec beaucoup d’égards.

Dieu enfin a droit au nom de Père,parce qu’il nous a adoptés. Tandis qu’aux autrescréa­tures il n’a fait que de petits présents,il nous a fait, à nous, don de son héritage, et celaparce que nous sommes ses fils. Parce que nous som­mes sesfils, dit saint Paul (Rom., 8, 17), nous sommes ses héritiers,et (verset 15): vous n’avez pas reçu un esprit deservitude pour retomber dans la crainte, mais vous avez reçuun esprit d’adoption, qui nous (ait crier: Abba, Père.

12.- Parce que Dieu est notre Père,nous avons envers lui une dettequadruple.

1): Nous lui devons, enpremier lieu, l’hon­neur. Sije suis Père, dit-il parMalachie (1, 6,), où estl’honneur qui m’est dû.

Cet honneur consiste en trois choses:la pre­mière regarde nos devoirs envers Dieu, la deu­xièmenos devoirs envers nous-même, la troi­sième nosdevoirs envers le prochain.

L’honneur dû au Seigneurconsiste, d’abord, à offrir à Dieu le don de lalouange, suivant ce qui est écrit (Ps. 49, 23): Lesacrifice de la louange m’honorera. Cette louange doit setrou­ver non seulement sur les lèvres, mais aussi dans lecoeur. Il est dit en effet dans Isaïe (29, 13): Ce peuplem’honore des lèvres, mais son coeur est loin de moi.

L’honneur dû à Dieuconsiste, deuxièmement, dans la pureté de notre corps,car l’Apôtre écrit (1 Cor., 6, 20): Glorifiezet portez Dieu dans votre corps.

Il consiste, enfin, cet honneur, dansl’équité de nos jugements sur le prochain. LePsaume 98 (verset 4): dit en effet: L’honneur du roi aime lajustice.

13.- 2) Nous devons, ensecond lieu, imi­ter Dieu, parcequ’il est notre Père. Vousm’appellerez Père, dit leSeigneur en Jérémie (3, 9), etvous ne cesserez de marcher après moi.

L’imitation de Dieu, pour êtreparfaite, re­quiert trois choses.

La première est l’amour.Soyez, dit saint Paul (Eph., 5, 1-2), des imitateurs deDieu, tels des enfants bien-aimés, et marchez dans l’amour.Et cet amour doit se trouver dans notre coeur.

La seconde, c’est la miséricorde.L’amour doit en effet s’accompagner de miséricorde,sui­vant cette recommandation de Jésus (Luc 6, 36), Soyezmiséricordieux. Et cette miséricorde doit semontrer par les oeuvres.

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L’imitation de Dieu requiert troisièmement laperfection, parce que dilection et perfection doi­vent êtreparfaites. C’est en effet après avoir parlé desdispositions et des oeuvres serviles que le Seigneur a dit dans lesermon sur la montagne (Mt, 5, 48): Soyez parfaits comme votrePère céleste est parfait.

14.- 3) Nous devons, entroisième lieu, l’obéissanceà notre Père. Nos pèresselon la chair, dit saint Paul (Hebr.,12, 9), nous ont cor­rigés etnous les respections; à combien plus forte raison devons-nousnous soumettre au Père des esprits.

L’obéissance est due auPère céleste à cause de son souverain domaine;il est en effet le Seigneur par excellence. Aussi les Hébreuxau pied du Sinaï déclarèrent-ils à Moïse(Ex., 24, 7): Tout ce qu’a dit le Seigneur nous le met­tronsen pratique et nous obéirons.

Notre obéissance est fondéeensuite sur l’exem­ple du Christ. Lui, le vrai Fils deDieu, dit saint Paul (Phil., 2, 8): s’est fait obéissantà son Père jus qu’à la mort.

Le troisième motif de notreobéissance e~t enfin notre intérêt. David, eneffet, dit de Dieu (2 Rois, 6, 21): Je jouerai devant le Seigneurqui m’a choisi.

15.- 4) En quatrièmelieu, et toujours parce que Dieu estnotre Père, nous lui devons d’être patients, quandil nous châtie. Mon fils, disentles Proverbes (3, 11-12), ne rejette pasla correction du Seigneur; ne faiblis pas, quand il te corrige. LeSeigneur en effet châtie celui qu’il aime et il secomplaît en lui, comme un Père en son fils.

16.- Le Seigneur nous prescrit dedire à son Père, dans l’Oraison dominicale, nonpas "Père",mais "Notre Père".Ce faisant, il nous montre quels sont nos devoirs envers nos proches.

A nos proches, nous devons,premièrement, l’amour, parce qu’ils sontnos frères; tous, en effet, sont fils de Dieu. Qui n’aimepas son frère qu’il voit, dit saint Jean (1 épître4, 20), comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas?

En second lieu, nousdevons à nos semblables le respect. N’avons-nouspas tous un Père unique? ditMalachie (2, 10). N’est-ce pas unseul Dieu qui nous a créés? Pourquoi donc chacun devous méprise-t-il son frère?Et saint Paul écrit aux Romains (12,10): Prévenez-vousd’hon­neur les uns les autres.

L’accomplissement de ce doubledevoir nous procure un avantage très désirable, puisquele Christ, dit saint Paul (Heb., 5, 9), est devenu pourtous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel.

17.- Parmi les dispositionsnécessaires à celui qui prie, la confiance a uneimportance considérable. Quecelui qui fait une demande à Dieu, diten effet saint Jacques (1, 6), la luiadresse avec foi, sans hésitation aucune.

Le Seigneur, au début del’oraison qu’il nous a enseignée, expose lesmotifs qui font naître la confiance.

C’est d’abord labienveillance du Père. Aussi le Seigneur dit-il: NotrePère. Si vous, dit le même Seigneur (Luc, 11, 13),tout mauvais que vous êtes, savez donner à vos filsde bonnes choses, combien plus votre Père céleste vousdonnera du haut du ciel, à vous qui le lui demandez, son bonEsprit.

Un autre motif de confiance, c’estla gran­deur de la puissance du Père; ce qui fait dire auSeigneur, non pas simplement: Notre Père, mais NotrePère, qui êtes dans les cieux. Le Psalmiste dit demême à Dieu (Ps. 122, 1): J’ai élevémes yeux vers vous, qui habitez dans les cieux.

18.- Le Seigneur a employél’expression "qui êtesdans les cieux" pour troisraisons différentes.

En premier lieu, cetteexpression a pour objet de nous préparer à la prière,comme nous le recommande l’Ecclésiastique (18. 23):Avant la prière, prépareton âme. Assurément lapensée que notre Père est dans les cieux, c’est-à-diredans la gloire céleste, nous prépare à luiadres­ser nos demandes.

Dans la promesse du Seigneur àses Apôtres (Mt., 5, 12): votre récompense seragrande dans les cieux, l’expression "dans lescieux" a éga­lement le sens de "dansla gloire céleste".

La préparation à laprière se réalise par l’imitation des réalitéscélestes. car le fils doit imiter son père. Aussi saintPaul écrit-il aux Corinthiens (1 épître 15, 49):Comme nous avons revêtu l’image de l’hommeterrestre~ il nous faut aussi revêtir l’image de l’hommecéleste.

La préparation à laprière requiert aussi la contemplation des choses célestes.Les hommes en effet ont coutume de diriger leur pensée plusfréquemment vers le lieu où est leur père et oùse trouvent les autres êtres, objet de leur amour, suivantcette parole du Seigneur (Mt., 6, 21): Lé où est tontrésor, id est aussi ton coeur. C’est pourquoil’Apôtre écrivait aux Philippiens (3, 20): Notredemeure à nous est dans les cieux.

La préparation à laprière réclame enfin que nous aspirions aux chosescélestes. A celui qui est dans les cieux en effet, nous nedevons demander que les choses célestes, suivant ces parolesde saint Paul (Col., 3, 1): Recherchez les choses d’en haut,là où est le Christ.

19.- Ensecond lieu, les paroles NotrePère, qui êtes aux cieux peuventse rapporter à la facilité de Dieu à entendrenotre prière, du fait de sa proximité par rapport ànous. Ces paroles "Notre Pèrequi êtes aux cieux" signi­fientalors notre Père qui êtes dans les saints; Dieu en effethabite en eux. Jérémie le dit au Seigneur (14, 9):Seigneur, vous êtes en nous. Lessaints sont effectivement appelés cieux, d’aprèsces paroles du Psaume 18 (verset 2): Lescieux racontent la gloire de Dieu.

Or Dieu habite dans les saints par lafoi. Saint Paul écrit en effet aux Ephésiens (3, 17):Que le Christ habite dans vos coeurs par la foi.

Il habite également dans lessaints par la charité. Celui en effet qui demeuredans la cha­rité, dit saint Jean (1 épître4, 16), demeure en Dieu et Dieu en lui.

Dieu demeure aussi dans les saints, parl’ac­complissement des commandements. Si quel­qu’unm’aime, déclare le Seigneur (Jn., 14, 23), ilgardera ma parole, et nous viendrons à lui, et nous ferons enlui notre demeure.

20.- Entroisième lieu, les paroles "quiêtes aux cieux" peuvent serapporter à la toute-puissance du Père pour nousexaucer. Dans ce cas, le mot cieux désigne les cieux matérielset visibles; non que nous voulions signifier que Dieu y soitrenfermé, car il est écrit (2 Rois, 18, 27): Voicique les cieux et les cieux des cieux ne peuvent vous contenir; maisces paroles "qui êtes dansles cieux" montrent

a) queDieu, par son regard, est clairvoyant et pénétrant,parce qu’il voit de très haut. Ila regardé de sa sainte hauteur, ditle Psaume 101 (verset 20)

b) qu’ilest sublime dans son pouvoir, selon cette parole (Ps. 102, 19): LeSeigneur a dis­posé son trône dans les cieux;

c) qu’ilest stable dans son éternité, selon ces autres paroles(Ps. 101, 13 et 28): Seigneur, vousdemeurez éternellement et vos années n’ont pas defin. C’est pourquoi il est dit duChrist (Ps. 88, 30): Son trône estcomme le jour du ciel, c’est-à-diresans fin, comme la durée de ce qui est céleste. Et lePhilosophe vient confirmer de son autorité la justesse decette comparaison, lorsqu’il remarque dans son traité"Duciel" "C’està cause de son incor­ruptibilité que le ciel a étéregardé par tous comme étant la demeure des pursesprits".

21.- Ces paroles, adresséesà notre Père Qui êtesdans les cieux nous donnent, au momentde la prière, un triple motif deconfiance, confiance qui repose

a)sur sapuissance,

b)sur l’amitiéde ce Dieu, que nous invo­quons et

c)sur laconvenance de notre demande.

a)La puissance duPère que nous implorons nous est suggérée parl’expression Qui êtes dansles cieux, si, par les cieux, nousentendons les cieux matériels et visibles. Sans doute Dieun’est pas renfermé dans ces cieux matériels; ille dit en Jérémie (23, 24): Jeremplis le ciel et la terre. On dittoutefois "il est dans les cieux", pour montrer et la vertude sa puis­sance et la sublimité de sa nature.

22.- Contre ceux qui affirment toutarrive nécessairement par l’influence des corpscéles­tes, si bien qu’il est inutile de demanderquoi que ce soit à Dieu par la prière, - quellesot­tise - nous disons à Dieu "quiêtes dans les cieux" et vousy êtes, par la vertu de votre puissance, comme le Maîtrede ces mêmes cieux et des étoiles, suivant cette parole(Ps. 102, 19): Le Seigneur a préparéson trône dans le ciel.

23.- C’est égalementcontre ceux qui dans leurs prières se construisent et secomposent des images corporelles de Dieu et à leur inten­tion,que nous disons Qui êtes dans lescieux. De la sorte, par ce qu’ily a de plus élevé dans les choses sensibles, nous leurmontrons la sublimité de Dieu, surpassant tellement touteschoses, y compris le désir et l’intelligence des hommes,que tout ce que l’on peut penser et désirer estinférieur à Dieu. C’est pourquoi il est dit dansJob (32, 26): Dieu est grand et dépassenotre science, et le Psalmiste écrit(Ps. 112, 4): Le Seigneur est élevéau-dessus de tou­tes les nations, etIsaïe déclare (40, 18): Aqui avez-vous égalé Dieu?

24.-b)Plusieurs ont prétenduque Dieu, à cause de son élévation, ne prend passoin des choses humaines. Il faut au contraire penser qu’il estproche de nous, bien plus, qu’il est présent intimementen nous. Cette familiarité deDieu avec l’homme nous est signifiée par ces paroles del’Oraison dominicale vous, quiêtes dans les cieux, àcondition de l’entendre ainsi vous, qui êtes dans lessaints. Les saints en effet sont des cieux, d’aprèscette parole du Psaume 18 (verset 2): Lescieux racontent la gloire de Dieu. Ilest dit aussi en Jérémie (14, 9): Vousêtes en nous, Seigneur.

25.- Cette intimité de Dieuavec les hom­mes nous inspire deuxmotifs de confiance quand nous prionsle Seigneur.

Le premier s’appuie surcette proximité divine, que le Psalmiste montre par cesparoles (Ps. 144, 18): Le Seigneur est proche de ceux quil’invoquent. C’est pourquoi le Seigneur nous donnecet avertissement (Mt., 6, 6): Pour vous, quand vous priez, entrezdans votre cham­bre, c’est-à-dire, dansl’intérieur de votre coeur.

Le deuxième motif deconfiance repose sur le patronage des saints, par l’intercessiondesquels nous pouvons obtenir ce que nous demandons. Job (5, 1): diten effet adressez-vous à quel­qu’un des saints,et saint Jacques (5, 16): Priez les Uns pour les autres, afind’être sauvés.

26.-c) Si,en disant au Père céleste vous, quiêtes dans les cieux, nous pensonsque les cieux désignent les biens spirituels et éternels,objet de la béatitude, alors notre désir des cho­sescélestes s’enflamme. Notre désir doit en effettendre là où est notre Père, car là aussiest notre héritage. Saint Paul dit aux fidèles

Cherchez les biens d’enhaut (Col., 3, 1): et saint Pierre (1épître 1, 4): nous parle de cet héritageincorruptible qui nous estréservé dans les cieux.

La pensée que le Père estnotre Bien spirituel éternel, l’objet de notrebéatitude, nous invite avec force à mener une viecéleste, afin que nous lui devenions conformes. Tel est lecéleste, tels aussi seront les célestes, déclareen effet l’Apôtre (1 Cor., 15, 48).

Ces deux choses, - le désir dela béatitude du ciel, et une vie céleste, - nousdisposent incontestablement à bien prier le Seigneur et àlui adresser une oraison digne de sa Majesté.

27.- Telle est la premièredemande. Elle nous fait prier le Père céleste que sonnom soit en nous manifesté et par nous proclamé.

Or le nom de Dieu est, tout d’abord,admira­ble, parce qu’en toutes créatures ilopère des oeuvres merveilleuses. C’est pourquoi leSeigneur déclare dans l’Evangile (Mc., 16, 17): Enmon nom, ils expulseront les démons, ils parleront des languesnouvelles, et s’ils boivent quelque poison mortel, il ne leurfera aucun mal.

28.- Ensecond lieu, le nom de Dieu estaimable. Il n’est sous le ciel,dit saint Pierre (Act., 4, 12), aucunautre nom, parmi ceux qui ont été donnés auxhommes, qui puisse nous sauver. Or,tous se doivent d’aimer le salut; et saint Ignace nous offre unexemple de cet amour. Il aima si ardemment le nom du Christ que,l’empereur Trajan l’ayant sommé de renier ce nom,il répondit "Vousne pourrez pas l’ôter de ma bouche". Le tyran lemenaça alors de lui trancher la tête et de retirer de lasorte le Christ de ses lèvres. "Si vous l’enlevezde ma bouche, réplique le bienheureux, vous ne pourrez jamaisl’arracher de mon coeur; j’ai en effet son nom gravésur mon coeur; c’est pour­quoi je ne puis pas cesser del’invoquer ". Trajan entendit ces paroles et, désireuxd’en vérifier l’exactitude, il fit trancher latête du serviteur de Dieu, puis il ordonna d’extraire soncoeur et sur ce coeur on trouva le nom du Christ gravé enlettres d’or. Le Saint, en effet, avait placé ce nom surson coeur, comme un sceau.

29.- Entroisième lieu, le nom de Dieuest vénérable. L’Apôtre affirme en effet(Phil., 2, 10): Qu’au nom de Jésustout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfersau ciel, dans le monde des Anges et desBienheureux, sur la terre, chezles hommes vivant ici-bas, soit qu’ils désirent acquérirla gloire céleste, soit qu’ils craignent un châtimentet veuillent l’éviter, etdans les enfers, dans le monde desdamnés, qui, eux, se prosternent avec effroi devantJésus-Christ.

30.- Enquatrième lieu, le nom de Dieuest inexprimable, en ce sens qu’aucune langue n’estcapable d’en exprimer toute la richesse.

On tente cependant de le faire àl’aide des créatures. Ainsi donne-t-on à Dieu lenom de rocher, en raison de sa fermeté. Et notons que Si leSeigneur donna à Simon, futur fondement de l’Eglise, lenom de Pierre (Mc., 3, 16), c’est précisémentparce que sa foi en la divinité de Jésus (cf. Mt., 16,18): devait le faire participer à sa divine fermeté.

On désigne Dieu par le nom defeu, en raison de sa vertu purificatrice; de même en effet quele feu purifie les métaux, Dieu purifie le coeur des pécheurs.C’est pourquoi il est dit dans le Deutéronome (4, 24):Votre Dieu est un feu consumant.

On appelle encore Dieu lumière, à cause de la facultéqu’il possède d’illuminer; comme la lumièreen effet éclaire les ténèbres, ainsi Dieuillumine les ténèbres de l’esprit. Aussi lePsal­miste dans sa prière dit au Seigneur (Ps. 17,29):Mon Dieu, illuminez mes ténèbres.

31.- Nous demandons donc que ce nomde Dieu soit manifesté, qu’il soit connu et tenu poursaint.

Le mot Saint a trois significations.

Saint, d’abord, veut direferme, solide, iné­branlable. Ainsi tous les Bienheureuxqui habi­tent le ciel sont appelés saints, parce qu’ilssont, par la félicité éternelle, rendusinébran­lables. En ce sens, il n’y a pas en ce mondede saints; les hommes en effet y sont continuelle­ment mobiles."Seigneur, disait saint Augustin, je me suis éloignéde vous et j’ai beaucoup erré; je me suis éloignéde votre stabilité".

32.- Saint, endeuxième lieu, signifie ce quin’est pas terrestre. C’est pourquoi les saints, quivivent dans le ciel, n’ont aucune affection pour les chosesterrestres. Je ne vois en toutqu’im­mondices, disait saintPaul (Phil., 3, 8), afin de gagner leChrist.

Par le mot terre, on désigne lespécheurs.

Premièrement, parceque la terre fait germer, si on ne la cultive pas, des épineset des char­dons, comme il est écrit dans la Genèse(3, 18), il en va de même de l’âme du pécheur;si elle n’est pas cultivée par la grâce, elle neproduit que les chardons et les épines des péchés.

En second lieu, laterre désigne les pécheurs à cause de sonobscurité naturelle et de son opacité, symbole de l’âmeténébreuse et opaque des pécheurs. Il est dit eneffet dans la Genèse (1, 2): Lesténèbres couvraient la face de l’abîme.

En troisième lieu, laterre est l’image des pécheurs, parce que, si elle n’estpas agglutinée par de l’eau, elle se divise et sedésagrège, elle se pulvérise et devient sèche;car le Seigneur a établi la terre sur les eaux, d’aprèsles paroles du Psalmiste (Ps. 135, 6): Dieua affermi la terre sur l’eau. Ainsil’humidité de l’eau remé­die àl’aridité et à la sécheresse de la terre.De même le pécheur, privé de la grâce, n’aplus qu’une âme sèche et aride, ainsi que leconsta­tait l’auteur du Psaume 142 (verset 6): Monâme, dit-il, estune terre sans eau.

33.- Enfin, troisièmement,saint signifie "teint de sang".Aussi les saints qui sont dans le ciel sont appelés saints,parce qu’ils sont teints de sang, suivant ces paroles del’Apoca­lypse (7, 14): Ceux-là qui sontrevêtus de robes blanches sont ceux qui viennent de la grandetribulation et qui ont lavé leurs vêtements dans le sangde (‘Agneau. De ces bienheureuxil est dit également (Apoc., 1, 5): Jésus,qui nous a aimés, nous a lavés de nos péchéspar son sang.

34.- Comme il a étédit, l’Esprit Saint nous fait droitement aimer, désireret demander ce qu’il convient d’aimer, de désirer,de demander (n°3).

Cet Esprit produit en nous d’abordla crainte, qui nous porte à rechercher la sanctificationdu nom de Dieu. Il nous accorde ensuite un autre don le don depiété. La piété est proprement uneaffection tendre et dévouée pour un père etaussi pour tout homme plongé dans la misère.

Comme Dieu est bien notre Père,nous devons donc non seulement le vénérer et lecraindre, mais aussi nourrir pour lui une affection tendre etdélicate. C’est cette affection qui nous fait demanderl’avènement du règne de Dieu. La grâcede Dieu est apparue..., déclare saint Paul (Tit., 11,11-13), nous enseignant à vivre avec modération,justice et piété dans le temps pré­sent,dans l’attente de la bienheureuse espérance et del’apparition glorieuse de notre grand Dieu.

35.- Mais on pourrait se poser laquestion Le règne de Dieu a toujours existé, pourquoidonc demandons-nous son avènement?

Il faut répondre cette demande Que votre règnearrive peut s’entendre de trois manières.

a):En premier lieu, lerègne de Dieu, sous sa forme achevée, suppose laparfaite soumission de toutes choses à Dieu.

Il arrive parfois qu’un roi nepossède que le droit de régner et de commander; etcependant il ne semble pas encore être roi effectivement, parceque ses sujets ne lui sont pas encore sou­mis. Il n’apparaîtravraiment roi et seigneur, que le jour où les sujets de sonroyaume lui obéiront.

Sans aucun doute Dieu, par lui-mêmeet par tout ce qu’il est, est Maître de l’univers;et le Christ, du fait qu’il est Dieu, et même en tantqu’homme, tient de Dieu d’être, lui aussi, leSeigneur de toutes choses. L’Ancien des jours, est-ildit dans Daniel (7, 14), lui a donné la puissance,l’honneur et la royauté. Il faut donc que tout luisoit soumis. Mais il n’en est pas encore ainsi; cela seréalisera à la fin du monde. Il est écrit eneffet (1 Cor., 15, 25): il faut qu’il déploie sonrègne, jusqu’à ce qu’il ait placétous ses ennemis SOUS ses pieds. Voilà pourquoi nousdemandons et nous disons Que votre règne arrive.

(Video) Maurice Duruflé: Notre Père

36.- Et ce faisant, nous demandonstrois choses, àsavoir que les justes se convertissent, que les pécheurssoient punis et que la mort soit détruite.

Les hommes sont soumis au Christ dedeux manières. Ils le sont, ou bien volontairement,ou bien contre leur gré. La volonté de Dieupos­sède en effet une efficacité telle, qu’ellene peut pas ne pas s’accomplir totalement. Et puisque Dieu veutque toutes choses soient soumises au Christ, il faudranécessairement, ou que l’homme accomplisse lavolonté de Dieu, en se soumettant à ses commandements -ce que font les jus tes - ou que Dieu réalise savolonté sur tous ceux qui lui désobéissent,c’est-à-dire sur les pécheurs et sur sesennemis, en les punissant. Et cela aura lieu à la fin dumonde, quand il placera tous ses ennemis sous ses pieds (cf. Ps. 109,1). Et c’est pourquoi il est donné aux saints dedemander à Dieu la venue de son règne, c’est-à-direleur totale soumission à sa royauté. Mais pour lespécheurs, la demande de la venue du règne de Dieu estpropre à faire frémir, puisque c’est la demandede leur soumission aux supplices, requis par le vouloir divin.Malheur à ceux (des pécheurs): qui désirentle jour du Seigneur, dit Amos (5, 18).

L’arrivée du règne de Dieu, à la fin destemps, sera aussi la destruction de la mort. Le Christ en effet estla vie; aussi la mort - qui est contraire à la vie - ne peutexister dans son royaume, conformément à cette parole(1 Cor., 15, 26): La mort, son ennemie, sera détruite endernier lieu, c’est-à-dire, lors de la résurrection,lorsque, suivant la parole ‘de saint Paul (Phil., 3, 21), leSauveur transfor­mera notre corps de misère pour le rendresem­blable à son corps de gloire.

37.-b) Ensecond lieu, le règne des cieuxdésigne la gloire du paradis.

Il n’y a là riend’étonnant; car règne ne signifie rien d’autreque gouvernement. Un gou­vernement atteint son plus haut pointd’excel­lence, lorsque rien ne vient plus faire obstacle àla volonté de celui qui gouverne.

Or la volonté de Dieu est lesalut des hom­mes, car Dieu veut les sauver tous (cf. I Tim., 2,4). Cette volonté divine s’accomplira surtout dans leparadis, où il n’y aura rien de contraire au salut deshommes; car, dit le Seigneur (Mt., 13, 41), les Anges mettronthors de son royaume tous les scandales. Dans ce monde, aucontraire, abondent les obstacles au salut des hommes.

Quand donc nous demandons à DieuQue votre règne arrive, nous le prions de nous fairetriompher de ces obstacles pour nous donner part à son royaumecéleste et à la gloire du paradis.

38.- Troismotifs rendent ce royaume extrê­mementdésirable.

Lepremier est la souveraine justice qui yrègne. Parlant du peuple qui habite ce royaume, le Seigneurdéclare en Isaïe (60, 21) qu’il ne sera composéque de justes. Ici-bas les mé­chants sont mélangésaux bons, mais là-haut il n’y aura aucun méchantet aucun pécheur.

39.- Ledeuxième motif qui rend ceroyaume désirable, est la très parfaite libertéqui y est le partage de tous les élus.

Ici-bas tous désirent la libertésans la possé­der pleinement; mais au ciel on jouit d’uneliberté pleine et entière, sans la plus petiteser­vitude. La création elle-même, dit saintPaul (Rom., 8, 21) sera (alors): affranchie de l’escla­vagede la corruption, pour connaître la glo­rieuse libertédes enfants de Dieu.

Et non seulement tous les éluspossèderont la liberté, mais ils seront rois, seloncette parole de l’Apocalypse (5, 10), adressée àJésus De ceux que vous avez rachetés, vous avez faitpour notre Dieu un royaume et des prêtres, et ils régnerontsur la terre.

Ils seront tous rois, parce qu’ilsauront, avec Dieu, une seule volonté; Dieu voudra tout ce queles saints voudront et les saints voudront tout ce que Dieu auravoulu. Ils règneront donc tous, parce que la volonté detous se fera, et Dieu sera leur couronne à tous, selon cetteparole d’Isaïe (28, 5): En ce jour le Seigneur desarmées sera pour le reste de son peuple une couronne de gloireet un diadème de joie.

40.- Entroisième lieu, le royaume descieux est on ne peut plus désirable, à cause de lamerveilleuse abondance de ses biens. L’oeiln’a pas vu, dit Isaïe auSeigneur (64, 4), hormis vous seul, ceque vous avez préparé à ceux qui vous attendent.Dieu, dit de son côté lePsal­miste (Ps. 102, 5), vouscomblera de biens selon votre désir.

Et il faut remarquer ceci: L’hommetrouvera "en Dieu seul" tout, beaucoup plusexcellemment et plus parfaite­ment que tout ce qu’ilcherche "en ce monde".

Si vous cherchez la délectation, vous trouve­rez, en Dieu,la délectation suprême. Si vous cherchez les richesses,en Dieu, vous trouverez surabondamment tout ce dont vous aurez besoinet tout ce qui est la raison d’être des richesses. Et ilen est de même pour les autres biens. "L’âme,qui commet cette fornication de s’éloigner de vous pourrechercher hors de vous des biens, ne trouve ces biens dans touteleur pureté et limpidité, que si elle revient àvous", reconnaissait saint Augustin dans ses Confessions.

41.-c) Letroisième motif de demander àDieu la venue de son règne, c’est que parfois le péchérègne et triomphe en ce monde.

Contre cette calamité, saintPaul s’élevait.

Que le péché,disait-il aux Romains (6, 12), nerègne pas dans votre coeur.

Ce malheur arrive, lorsque l’hommeest ainsi disposé qu’il suit aussitôt sansrésistance et jusqu’au bout son inclination au péché.Dieu doit régner dans notre coeur et il y règneeffectivement lorsque nous sommes prêts à lui obéiret à observer tous ses commande­ments.

Quand donc nous demandons la venue du règne de Dieu, nousdemandons que ne règne plus en nous le péché,mais Dieu seul et pour toujours.

42.- Par cette demande de la venuedu règne de Dieu, nous parviendrons à la béatitudeproclamée par le Seigneur (Mt., 5, 4): Bienheu­reuxles doux.

En effet, d’après lapremière explication du "Que votre règnearrive" (n’ 35 a), l’homme, du fait qu’ildésire voir Dieu reconnu Maître souverain de tout, ne sevenge pas de l’injure subie, mais réserve ce soin àDieu; car, en se vengeant, il rechercherait son triomphe person­nelet non la venue du règne de Dieu.

D’après la deuxièmeexplication (n° 37), si vous attendez ce règnede Dieu, c’est-à-dire la gloire du paradis, vous nedevez pas, perdant les biens de ce monde, vous laisser aller àl’in­quiétude.

De même, si dans la ligne de latroisième explication (n° 41), vous demandezque règnent en vous Dieu et son Christ, comme Jésus futtrès doux, ainsi qu’il le dit lui-même (Mt., 11,29), vous devez, vous aussi, être doux et imiter les Hébreuxdont saint Paul a dit (Heb., 10, 34): Ils acceptèrentjoyeusement d’être dépouil­lés de leursbiens.

43.- L’Esprit Saint produiten nous un troi­sième don,appelé le don de science.

L’Esprit Saint lui-même, eneffet, ne produit pas seulement dans les bons le don de crainte et depiété, qui est, comme nous l’avons vupré­cédemment (n° 34), un amour délicatpour Dieu; il rend aussi l’homme sage.

David demandait le don de la sciencepar ces paroles (Ps. 118, 66): Seigneur, enseignez-moi la bonté,la sagesse et la science. Et c’est effec­tivement cettescience du bien vivre que le Saint Esprit nous a enseignée.

Parmi les dispositions qui contribuentà la science et à la sagesse de l’homme, la plusimportante est cette sagesse qui porte l’homme à ne pass’appuyer sur son propre sens. Ne vous reposez pas sur votreprudence, est-il recom­mandé dans les Proverbes (3,5). Ceux en effet qui présument de leur propre jugement, aupoint de ne se fier qu’à eux-mêmes, et non auxautres, sont considérés comme des insensés, etils le sont véritablement. Avez-vous vu un homme sage àses propres yeux, déclarent les Proverbes (26, 12), ilfaut plus espérer d’un insensé que de lui.

Si un homme ne se fie pas à sonpropre juge­ment, il le doit à son humilité, carles Proverbes (11, 2): enseignent que là où setrouve l’humi­lité, se rencontre aussi la sagesse.Les orgueil­leux, au contraire, ont en eux une confianceexagérée.

44.- Le Saint Esprit nous enseignedonc, par le don de science, à ne pas faire notre volonté,mais la volonté de Dieu. Par ce don, en effet, nous demandonsà Dieu que sa volonté se fasse sur la terre comme auciel. Et en ceci se manifeste le don de science.

Quand nous disons à Dieu Quevotre volonté soit faite, il en est de nous comme d’unmalade, qui accepte quelque remède amer, prescrit par sonmédecin; il ne le veut pas absolument, niais dans la mesure oùle médecin le veut; autre­ment, s’il le voulait desa seule volonté, il serait un insensé. Nous de même,nous ne devons rien demander à Dieu, si ce n’est laréalisation de ses vouloirs sur nous, c’est-à-direl’accomplis­sement de sa volonté en nous.

Le coeur de l’homme, en effet,est droit, dès lors qu’il s’accorde avec lavolonté divine. Le Christ, lui, a réalisé cetaccord entre sa volonté et la volonté divine. Jesuis descendu du ciel, dit-il (Jn., 6, 38), non pour faire mavolonté, mais pour accomplir la volonté de celui quim’a envoyé. Le Christ, en effet, n’a, en tantque Dieu, qu’une seule et même volonté avec sonPère; mais, en tant qu’homme, il a une volontédistincte de celle de son Père. C’est en parlant decette volonté-ci, qu’il avait déclaré Jene fais pas ma volonté, niais celle de mon Père. Etc’est aussi pourquoi il nous apprend à prier et àdemander Que votre volonté soit faite.

45.- Mais quelle est la raisond’être de cette prière Quevoire volonté soit faite?

N’est-il pas dit de Dieu au Psaume 113 (verset 3):Tout ce qu’il veut, il l’accomplit? Si Dieu faittout ce qu’il veut, au ciel et sur la terre, pourquoi Jésusdit-il Que voire volonté soit faite sur la terre comme auciel?

46.- Pour comprendre l’àpropos de cette demande, il faut savoir que Dieu veut pour nous troischoses, dont notre prièredemande la réalisation.

a):En premier lieu, Dieuveut pour nous la possession de la vie éternelle.

Quiconque en effet accomplit quelquechose pour une fin déterminée, veut que cette choseatteigne la fin pour laquelle il l’accomplit. Or Dieu fitl’homme, mais non pas sans dessein. Il est écrit, eneffet (Ps. 88, 48): Serait-ce pour rien, Seigneur, que vous avezcréé tous les enfants des hommes? Dieu créadonc les hommes pour une fin. Cette fin, ce ne sont pas les voluptés,car les animaux, eux aussi, en jouissent, mais c’est lapossession de la vie éternelle (cf. Jn., 3, 16; 10, 10).

La volonté de Dieu pour l’homme est donc qu’ilentre en possession de la vie éternelle.

47.- Quand une chose atteint cepourquoi elle a été faite, on dit d’elle qu’elleest sauve. Lorsqu’elle ne l’atteint pas, on dit d’ellequ’elle est perdue. Or, l’homme a été faitpar Dieu pour la vie éternelle. Lors donc qu’il yparvient, il est sauvé; et telle est la volonté duSeigneur sur tout."C’estla volonté de mon. Père qui m’a envoyé,dit Jésus, Jean, 6, 4, que quiconque voit le Fils et croit enlui, possède la vie éter­nelle". Cettevolonté est déjà accomplie dans les Anges etdans les Saints, qui vivent dans la patrie céleste, car ilsvoient Dieu, le connaissent et jouissent de lui.

Mais nous, nous désirons que,comme la volonté divine s’est accomplie dans lesBienheureux qui sont au ciel, elle s’accomplisse aussi en nous,qui sommes sur la terre. Et notre désir, nous en demandons laréalisation au Père céleste par cette prièreQue votre volonté soit faite en nous, qui sommes sur la terre, comme elleest faite dans les Saints, qui sont au ciel.

48.-b) Ensecond lieu, la volonté de Dieuà notre égard est que nous observions sescom­mandements.

Quelqu’un en effet désire-t-ilun bien, non seulement il veut ce bien, objet de son désir,mais il veut aussi tous les moyens nécessaires à sonobtention. Ainsi le médecin, pour obtenir au malade la santé,veut pour lui la diète, les remèdes et autres choses dece genre.

Or Dieu veut pour nous la possession dela vie éternelle.

Au jeune homme qui lui demande (Mt.,19, 17): Que dois-je faire de bon pour avoir en héritage lavie éternelle? Jésus répond Si tu veuxentrer dans la vie éternelle, garde les commandements.

Saint Paul écrit à cepropos (Rom., 12, 1-2): "Que votre obéissance soitspirituelle; puissiez-vous expérimenter quelle est la volontéde Dieu, bonne, agréable et parfaite.

Bonne, cettevolonté de Dieu, elle l’est, puis­qu’elle estutile. Moi, le Seigneur, ditDieu (Is., 48, 17), je vousapprends des choses utiles.

Agréable, lavolonté divine l’est à celui qui aime; et si elleest rebutante pour celui qui n’aime pas, pour ses amants, dumoins, elle est délectable. Lalumière s’est levée pour le juste, ditle Psalmiste (Ps. 96, 11), la joie pourles coeurs droits.

La volonté de Dieu est aussiparfaite, parce qu’elle est d’une bontésupérieure à tout. Soyez parfaits, prescrivaitJésus aux foules (Mt., 5, 48), comme votre Pèrecéleste est parfait.

Ainsi donc quand nous disons: "Quevotre volonté soit faite", nous demandons la grâced’observer les commandements de Dieu. Or, cette volontéde Dieu est accomplie dans les justes, mais elle ne l’est pasencore dans les pécheurs. Les justes sont désignéspar le ciel, les pécheurs par la terre.

Nous demandons donc que la volonté de Dieu soit faite surla terre, c’est-à-dire dans les pécheurs,comme elle est accomplie au ciel, dans les justes.

49.- Il faut remarquer ceci Jésus,par la manière même dont il a formulé latroisième demande du "Notre Père", nous donneun enseignement.

En effet, il ne nous fait pas dire ànotre Père "faites votre volonté", ni nonplus "que nous fassions votre volonté"; mais il nousfait dire Que votre volonté soit faite.

Deux chosesen effet sont nécessaires pour parvenir à la vieéternelle à savoir la grâce de Dieu et la volontéde l’homme.

Et, bien que Dieu ait fait l’hommesans l’ap­peler à coopérer avec lui,cependant il ne le justifie pas sans sa coopération. "Celuiqui t’a créé sans toi, ne te justifiera pas sanstoi", dit saint Augustin, dans son Commentaire sur saint Jean.Dieu, en effet, veut cette coopération de l’homme. Ildit en Zacharie (1, 3): Conver­tissez-vous à moiet je me convertirai à vous. Et saint Paul écrit (1Cor., 15, 10): C’est par la grâce de Dieu que je suisce que je suis, et Sa justice n’a pas étéinactive en moi.

Ne présumez donc pas devous-mêmes, mais confiez-vous en la grâce de Dieu, nerenoncez pas à votre effort, mais apportez votrecollabo­ration.

C’est pourquoi Jésus nenous fait pas dire: "Que nous fassions votre volonté",autrement il semblerait que la grâce de Dieu n’a rien àfaire. Et il ne nous prescrit pas non plus de dire "Faites votrevolonté ", sinon il semble­rait que notre volontéet notre effort ne servent à rien.

Mais Jésus nous fait dire Quela volonté de Dieu soit faite, par la grâce de Dieu,à laquelle nous joignons notre travail et notre effort.

50.-c) Entroisième lieu, Dieu veut (lenous que nous soyons rétablis dans l’état et ladignité dans lesquels le premier homme fut créé,dignité et état si élevés que son espritet son âme ne ressentaient aucune opposition de la part de lachair et de la sensualité.

Aussi longtemps que l’âmefut soumise à Dieu, la chair fut soumise à l’espritsi parfaite­ment qu’elle n’éprouva ni lacorruption de la mort, ni l’altération de la maladie etdes autres passions.

Mais à partir du moment oùl’esprit et l’âme, qui tiennent le milieu entreDieu et la chair, se rebellèrent contre Dieu par le péché,aussitôt le corps se rebella contre l’âme et ilcommença à éprouver les infirmités et lamort, et conti­nuellement sa sensibilité se révoltacontre l’es­prit. Ce qui fait dire à saint Paul(Rom., 7, 23): Je vois dans mes membres une loi qui lutte contrela loi de ma raison et (Gal., 5, 17): La chair convoite contrel’esprit et l’esprit contre la chair. Ainsi il y aguerre incessante entre l’esprit et la chair; et l’hommeest sans cesse rendu de plus en plus mauvais par le péché.

C’est donc la volonté deDieu que l’homme soit rétabli dans son premier état,c’est-à-dire qu’il n’y ait rien dans sachair d’opposé à son esprit ce que saint Paulexprime ainsi (1 Thess., 4, 3): Ce que Dieu veut, c’estvotre sanctification.

51.- Or, cette volonté deDieu ne peut être accomplie en cette vie. Elle sera réaliséeà la résurrection des saints, quand leurs corpsres­susciteront glorieux, incorruptibles et splendi­des,suivant la parole de l’Apôtre (1 Cor., 15, 43): Semédans l’ignominie, le corps ressusci­tera dans la gloire.

Cependant la volonté de Dieu estréalisée ici-bas dans l’esprit des justes, parleur justice, leur science et leur vie. Aussi, quand nous disons: Quevotre volonté soit faite, nous prions le Seigneur deréaliser également sa vo­lonté dans notrechair.

Suivant cette explication, dans la demande: Que votre volontésoit faite sur la terre comme au ciel, le mot ciel désignenotre esprit et le mot terre désigne notre chair. Et le sensde cette demande est Que votre volonté soit faite sur laterre, c’est-à-dire dans notre chair, comme elleest faite au ciel, c’est-à-dire, dans notre esprit,par la justice.

52.- Cette troisième demandede l’oraison dominicale nous fait parvenir à labéatitude des larmes, que le Seigneur nous a fait connaîtredans le sermon sur la montagne (Mt., 5, 5): Bienheureuxceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés. Ilest aisé de le montrer, en reprenant les trois points de notreexposition.

Premièrement, Dieuveut pour nous et nous fait désirer la vie éternelle.Par cet amour de la vie éternelle, nous sommes amenés àverser des larmes. Hélas,chantait le Psalmiste (Ps. 119, 5),qu’il est long mon exil !Et ce désir de la vie éternelle chez les saints est sivéhément, qu’il les fait aspirer à lamort, bien que celle-ci par elle-même soit un sujet d’aversion.Nous préférons quitter cecorps, disait saint Paul (2 Cor.. 5,8), et aller jouir de la présencedu Seigneur.

En second lieu, ceuxqui gardent les comman­dements de Dieu, pour obéir àla volonté de Dieu, sont aussi dans l’affliction, car siles pré­ceptes sont doux pour l’âme, pour lachair ils sont amers, parce qu’ils la mortifient. Parlant deleur chair, le Psalmiste dit des justes (Ps. 125, 5): Ilss’en vont tout en pleurs; et, àpro­pos de leur âme, il ajoute Ilsviennent en exul­tant.

(Video) La prière "Notre Père" comme vous ne l'avez jamais entendu !

En troisième lieu, nousavons parlé de la lutte incessante de notre chair et de notreesprit entre eux; cette lutte est également un sujet delarmes. Il est en effet impossible que l’âme, dans cecombat, ne reçoive pas quelques blessu­res, de la part dela chair, au moins celles des péchés véniels.L’obligation d’expier ces fautes lui est un sujet delarmes. Chaque nuit, c’est-à-dire,aussi longtemps que durent les ténèbres de mes péchés,dit le Psalmiste (Ps., 6, 7), de mespleurs j’arroserai mon lit, c’est-à-direma conscience. Ceux qui pleurent ainsi parviennent à lapatrie. Dieu daigne nous y conduire.

53.- Il arrive fréquemmentque la gran­deur de sa science et de sa sagesse rendent l’hommetimide. Aussi la force est nécessaire à son coeur pourne pas perdre courage dans la considération de ses besoins.

Le Seigneur, ditIsaïe (40, 29), donne la force etaux êtres anéantis il prodigue vigueur et cou­rage.L’Esprit entra en moi, dit aussiEzéchiel (2, 2), et il me fittenir fermement debout.

L’Esprit Saint donne donc laforce, et il la donne d’une part pour empêcher le coeurde l’homme de défaillir dans la crainte de man­querdes choses nécessaires, et d’autre part pour lui fairecroire fermement que Dieu lui accor­dera tout ce qui lui estnécessaire.

C’est pourquoi l’EspritSaint dispensateur de cette force, nous apprend à dire àDieu Don­nez-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Eton l’appelle Esprit de force.

54.- Il faut savoir que, dans lestrois de­mandes précédentes du "Notre Père",nous demandons des biens spirituels dont la posses­sion,commencée en ce monde, ne sera parfaite que dans la vieéternelle.

En effet, demander à Dieu lasanctification de son nom, c’est demander la reconnaissance desa sainteté; demander l’avènement de son règne,c’est lui demander de nous faire parve­nir à la vieéternelle; prier pour que la volonté de Dieu se fasse,c’est prier Dieu d’accomplir en nous su volonté.Tous ces biens, partielle­ment réalisés dans cemonde, ne le seront pleinement que dans la vie éternelle.

Aussi est-il nécessaire dedemander à Dieu quelques biens indispensables, dont laposses­sion parfaite est possible en la vie présente.C’est pourquoi l’Esprit Saint nous a appris àdemander ces biens nécessaires à la vie présenteet possédés ici-bas parfaitement.

Et c’est aussi pour montrer que Dieu pour­voit à nosnécessités temporelles elles-mêmes, qu’ilnous fait dire Donnez-nous aujourd’hui notre pain quotidien.

55.- Par ces paroles, Jésusnous a appris à éviter cinqpéchés qui se commettenthabituellement par un désir immodéré des chosestemporelles.

Le premier deces péchés est que l’homme, insatiable des chosesqui conviennent à son état et à su condition, etpoussé par un désir déré­glé,demande des biens qui sont au-dessus de sa condition. Il en est delui comme d’un sol­dat qui voudrait s’habiller commeun officier, ou d’un clerc, qui voudrait porter des vêtementsd’évêque.

Ce vice détourne les hommes deschoses spi­rituelles, parce qu’il attache avec excèsleur désir aux choses temporelles.

Le Seigneur nous a enseigné àéviter un tel péché, en nous apprenant àdemander seule­ment du pain, c’est-à-dire les biensnécessaires à chacun, en cette vie, suivant sucondition par­ticulière. Ces biens nécessaires sonten effet tous compris sous le nom de pain. Le Seigneur ne nous a doncpas appris à demander des cho­ses délicates, deschoses variées, des choses exquises, mais du pain, sans lequell’homme ne peut vivre et qui est la nourriture commune àtous. La première chose pour vivre, ditl’Ecclé­siastique (29, 28), c’est l’eauet le pain. Et l’Apô­tre écrit àTimothée (1, 6, 8): Lorsque nous avons nourriture etvêtement, sachons nous en contenter.

56.- Undeuxième vice consiste pourcer­tain à commettre des injustices et des fraudes dansl’acquisition des biens temporels.

C’est un vice trèsdangereux, parce qu’il est difficile de restituer des biensvolés, et que, d’après saint Augustin, "untel péché n’est pas pardonné, si on nerestitue pas ce qui a été dérobé".

Le Seigneur nous a enseigné à éviter ce vice, ennous apprenant à demander pour nous, non pas le pain d’autrui,mais le nôtre. Les voleurs, en effet, mangent le pain d’autruiet non le leur.

57.- Letroisième vice consiste dans unesollicitude excessive pour les biens terrestres.

Certains en effet ne sont jamaissatisfaits de ce qu’ils possèdent, ils veulent toujoursdavan­tage. Pareille disposition d’esprit est un désor­dre,puisque le désir doit se régler sur le besoin.

Seigneur, ne me donnez ni larichesse, ni la pauvreté, disentles Proverbes (30, 8), mais accordez-moiseulement ce qui est nécessaire à ma subsistance.

Jésus nous enseigne àéviter ce péché par ces paroles: Donnez-nousnotre pain quotidien, c’est-à-dire le pain d’unseul .jour ou d’une seule unité de temps.

58.- Lequatrième vice, causé parl’appétit démesuré des choses d’ici-bas,consiste en une insatiable avidité des biens terrestres, unevéri­table voracité.

Elle est le fait de ceux qui veulentconsom­mer en un seul jour ce qui pourrait leur suffire pourplusieurs jours. Ceux-là ne demandent pas le pain d’unejournée, mais le pain de dix jours. Dépensant sansmesure, ils en arrivent à dissi­per tous leurs biens,selon cette parole des Pro­verbes (23, 21): Buveur et gloutonse ruinent, et suivant cette autre parole (Ecclésiastique19, 1): L’ouvrier ivrogne ne s’enrichit pas.

59.- Le désir excessif desbiens terrestres engendre un cinquièmepéché, l’ingratitude.

Ce vice déplorable est le vicede l’homme qui s ‘enorgueillit de ses richesses et nereconnaît pas qu’il les tient de Dieu, auteur de tous lesbiens spirituels et temporels, selon cette parole de David (1 Chr.,29, 14): Tout vient de vous, Seigneur, et ce que nous avons, nousle tenons de vos mains.

Pour écarter ce vice et nous apprendre que tous nos biensviennent de Dieu, Jésus nous fait dire Donnez-nous notrepain.

60.- (Mais recueillons donc laleçon de l’expérience et de l’Ecriture ausujet du carac­tère dangereux et nuisible des richesses.)On constate que, parfois, tel ou tel possède de grandesrichesses sans en retirer aucune uti­lité, mais bienplutôt un dommage spirituel et temporel. Il y eut en effet deshommes qui périrent à cause de leurs richesses, ilest un mal que j’ai constaté sous le soleil, ditl’Ecclésiaste (6, 1-2), malqui est fréquent parmi les hommes; l’homme à quiDieu donne richesses, biens, honneurs; il ne manque rien à sonâme de ce qu’elle peut désirer; mais Dieu ne lelaisse pas maître d’en jouir; c’est un étrangerqui dévo­rera ses richesses" -Il est un autre tort criant, ditencore l’Ecclésiaste (5, 12), queje vois sous le soleil; les richesses accumulées par leurmaî­tre à son détriment.

Nous devons donc demander à Dieu que nos richesses nous soientutiles. Lorsque nous di­sons Donnez-nous notre pain, c’estcela même que nous demandons, à savoir que nos biensnous soient avantageux, et que ne se vérifie pas pour nous cequi est écrit du méchant (Job, 20, 14-15): Sanourriture deviendra dans son sein un venin d’aspic. Il aenglouti des richesses, il les vomira; Dieu les arrachera deson ventre.

61.- Si nous revenons à cevice d’une solli­citude excessive à l’endroitdes biens terrestres (n° 57),nous voyons des hommes qui s’inquiè­tent aujourd’huipour le pain d’une année en­tière, et, s’ilsviennent à le posséder, ils ne ces­sent pas pourautant de se tourmenter. Mais le Seigneur leur dit (Mt., 6,31): N’allezdonc pas vous inquiéter et n’allez pas dire quemange­rons-nous? ouque boirons-nous? ou de quoi nousvêtirons-nous? Aussi nousenseigne-t-il à demander pour aujourd’hui notre pain,c’est-à-dire à demander le nécessaire pourle moment présent.

62.- Il existe, en plus du pain,nourriture du corps, deux autres sortesde pain, le pain sacramentel et le pain de la parole de Dieu.

Dans l’oraison dominicale, nousdemandons également notre pain sacramentel; il est chaque jourpréparé dans l’Eglise et nous le recevons dans unsacrement, en gage de notre salut futur.

Je suis, déclaraitJésus aux Juifs (Jn., 6, 51). Jesuis le pain vivant descendu du ciel. -Celui, qui mange ce pain et boit leSeigneur de façon indigne, mange et boit sa condamnation (1Cor. 11, 29).

Nous demandons également, dansl’oraison dominicale, cet autre pain qu’est la parole deDieu; c’est de ce pain que Jésus a dit (Mt., 4, 4):L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole quisort de la bouche de Dieu.

De cette parole, de ce verbe de Dieuprovient, pour l’homme, la béatitude, qui consiste dansla .faim et la soif de la justice.

En effet, lorsqu’on possèdeles biens spiri­tuels, on les désire davantage et ce désiraiguise l’appétit et la faim, qu’assouvira lerassasie­ment de la vie éternelle.

63.- On rencontre des hommes,grands par la sagesse et par le courage, qui cependant, àcause de leur excessive confiance dans leur force, n’effectuentpas leurs ouvrages avec sagesse et ne conduisent pas jusqu’àleur achè­vement ce qu’ils s’étaientproposé. Ils semblent ignorer que lesconseils donnent de la force aux réflexions, commel’enseignent les Proverbes (20, 18).

Mais remarquons-le, l’EspritSaint, s’il donne la force, donne aussi le conseil. Car un bonconseil relatif au salut de l’homme ne peut venir que du SaintEsprit. C’est le cas de cette cinquième demande.

Le conseil est nécessaire àl’homme, quand il est soumis à la tribulation, toutcomme le conseil des médecins lui est utile, lorsqu’ilest malade. C’est pourquoi, un homme est-il spiri­tuellementmalade par le péché, il doit, pour guérir,demander conseil. Et Daniel montre que le conseil est nécessaireau pécheur, lorsqu’il dit au roi Nabuchodonosor (Dan.,4, 24): O roi, agrée mon conseil rachète tes péchéspar des aumônes.

Le conseil de faire l’aumôneet d’exercer la miséricorde est un excellent conseilpour effa­cer les péchés. Aussi est-ce bienl’Esprit Saint qui apprend à des pécheurs cetteprière de demande Remettez-nous nos dettes, en yajou­tant comme nous-mêmes nous remettons à nosdébiteurs.

64.- Par ailleurs nous devons àDieu, d’une dette véritable, ce à quoi il a droitet que nous lui refusons. Or le droit dont Dieu exige le res­pect,c’est l’accomplissement de sa volonté, pré­féréeà notre volonté propre. Nous portons atteinte au droitde Dieu, quand nous préférons notre volonté àla sienne; et c’est en cela que consiste le péché.Ainsi nos péchés sont des dettes à l’égardde Dieu. Et c’est du Saint Esprit que nous vient le conseil dedemander à Dieu le pardon de nos péchés et dedire très justement Remettez-nousnos dettes.

65.- Au sujet de ces parolesRemettez-nous nos dettes, nouspouvons nous poser trois questions: a)Premièrement, pourquoi faisons-nous cette demande?

b):Deuxièmement, quandest-elle exaucée?

c):Troisièmement, quedevons-nous accom­plir pour que Dieu l’exauce?

a):Pourquoi adressons-nous auPère cette demande Remettez-nous nos dettes?

La considération de son contenunous permet de recueillir deux enseignements nécessairesaux hommes pendant cette vie.

Le premier enseignement,c’est que l’homme doit toujours se tenir dans la crainteet l’humilité.

Il y eut des hommes assez présomptueuxpour oser affirmer que nous pouvions vivre en ce monde de manièreà éviter le péché. Ce privi­lègene fut accordé à personne, si ce •n’est auChrist seul, qui posséda l’Esprit en plénitude,et à la Bienheureuse Vierge, pleine de grâce etimmaculée, dont saint Augustin a dit "De cette Vierge, jene veux pas faire la moindre mention, lorsqu’il s’agitdes péchés". Mais à aucun autre des saintsil ne fut accordé de ne pas tomber, au moins dans quelquefaute vé­nielle. Si nous disons nous sommes sans péché,affirme en effet saint Jean (1 épître 1, 8), nousnous trompons nous-mêmes, et la vérité n’estpas en nous.

Et que les hommes soient pécheurs,cela est prouvé également par le contenu de cettedemande Remettez-nous nos dettes. Il con­vient, en effet,indubitablement, à tous les saints eux-mêmes de réciterces paroles de l’oraison dominicale. Tous les hommes sansexception se reconnaissent donc et s’avouent pécheurs etdébiteurs.

Par conséquent, si vous êtes pécheur, vous devezcraindre et vous humilier.

66.- L’autreenseignement qui ressort de cettedemande Remettez-nous nos dettes, estque nous devons vivre toujours dans l’espé­rance. Eneffet, bien que pécheurs, nous ne devons pas perdrel’espérance; le désespoir pourrait nous conduireà d’autres péchés plus graves, commel’enseigne l’Apôtre (Eph., 4, 19): Ayantperdu l’espérance, dit-il,les païens se sont livrés àl’impudicité et à toute espèced’im­pureté, avec frénésie.

Il nous est donc extrêmementutile de tou­jours espérer. Quelque grand pécheurqu’il soit, l’homme en effet doit espérer toujoursde Dieu son par­don, s’il se repent et se convertitparfaitement.

Or cette espérance se fortifie en nous, quand nous disons:"Notre Père, remettez-nous nos dettes".

67.- Des hérétiques,qu’on nomme Novatiens, ont voulu enlever cette espérancedu par­don divin. Ils déclarèrent Si vous commettezun seul péché après le baptême, vousn’obtien­drez jamais miséricorde.

Une telle assertion est fausse, si laparole du Christ est vraie (Mt., 18, 32): Je t’ai remis,dit-il, toute ta dette, parce que tu m’avais supplié.Donc, quel que soit le jour où vous implorez miséricorde,vous pourrez l’obtenir, si vous y joignez le repentir de vospéchés.

Ainsi donc, la considération ducontenu de cette cinquième demande de l’oraisondomini­cale Remettez-nous nos dettes, fait naître ennous la crainte et l’espérance; elle nous montre quetous les pécheurs contrits, qui avouent leurs fautes,obtiennent miséricorde. Et elle nous fait conclure que cettedemande avait sa place obligée dans le "Notre Père".

68.-b) Quandcette demande Remettez-nous nos dettes, est-elle exaucée?

Pour répondre à cettequestion, il faut avoir présent à l’esprit lesdeux éléments contenus en tout péché,à savoir la faute ou l’offense faite à Dieu, etle châtiment mérité par la faute.

Or la faute est remise par lacontrition, si la contrition est accompagnée du propos de seconfesser et de satisfaire. J’ai dit, déclare lePsalmiste (Ps., 31, 5), je confesserai contre moi-même moninjustice au Seigneur, et vous, vous avez pardonné l’impiétéde mon péché.

Si donc, comme nous venons de le dire,la contrition des péchés, avec le propos de lesconfesser, suffit à en obtenir la remise, le pécheur nedoit pas désespérer.

69.- Mais peut-être quelqu’unobjectera-t-il Puisque le péché est remis par lacontrition, à quoi sert le prêtre?

A cette question, il faut répondreDieu, par la contrition, remet la faute et change la peine éternelleen peine temporelle; le pécheur contrit reste donc soumis àune peine temporelle. C’est pourquoi, s’il mourrait sanss’être confessé, non parce qu’il auraitméprisé la confession, mais parce que la mort l’auraitsurpris, avant qu’il eût pu se confesser, il irait aupurgatoire y souf­frir, et, d’après saint Augustin,y souffrir extrê­mement.

Mais si vous vous confessez, vous vous sou­mettez au pouvoir desclefs et, en vertu de ce pouvoir, le prêtre vous absout de lapeine tem­porelle due à vos fautes; car le Christ a ditaux Apôtres (Jn., 20, 22-23): Recevez le Saint Esprit; lespéchés seront remis à ceux à qui vous lesremettrez, ils sont retenus à ceux à qui vous lesretiendrez. C’est pourquoi si quelqu’un se confesseune seule fois, il lui est remis une partie de la peine de sespéchés, et il en est de même, s’il seconfesse à nouveau; et s’il se confesse un nombre defois suffisant, il pourra obtenir la remise entière de sapeine.

70.- Les successeurs des Apôtrestrouvèrent un autre moyen de remettre la peine tempo­relle,à savoir le bienfait des indulgences. Pour celui qui vit dansla charité, les indul­gences possèdent la valeurque le Pape a, sans aucun doute, le pouvoir de leur donner.

Beaucoup de saints firent un grandnombre de bonnes oeuvres, sans pécher du moins mortellement;ils firent ces oeuvres pour l’utilité de l’Eglise.De même, les mérites du Christ et de la bienheureuseVierge sont réunis comme en un trésor. Le SouverainPontife et ceux à qui il en a confié le soin, peuventdispenser ces mérites, là où il y a nécessité.

Ainsi donc, les péchés sont remis, quant à lafaute, par la contrition, et, quant à la peine, par laconfession et par les indulgences.

71.-c) Ala question Que devons-nous accomplirpour que le Seigneur exauce cette demande Remettez-nous nos dettes?il faut répondre Dieu requiert,de notre part, que nous pardonnions à notre prochain lesoffenses qu’il nous fait. C’est pourquoi il nous demandede dire comme nous, nous remettons leursdettes à nos débiteurs. Sinous agissions autre­ment, Dieu ne nous pardonnerait pas.

Il est dit de même dans l’Ecclésiastique (28,2-5): Pardonne au prochain son injustice, et lors, à taprière, tes péchés seront remis. L’hommeconserve de la colère contre un autre homme, et il demande àDieu sa guérison! Il n’a pas pitié de sonsemblable, et il supplie pour ses propres fautes! Lui, qui n’estque chair, garde rancune; qui donc lui obtiendra le pardon de sespéchés? - Pardonnez donc, dit Jésus(Luc, 6, 37), et il vous sera pardonné.
Etc’est pourquoi dans cette cinquième demande du "NotrePère", le Seigneur pose cette seule condition pardonner àautrui. Si nous ne la réalisons pas, à nous non plus,il ne nous sera pas pardonné.

72.-. Mais vous pourriez dire Moi,je pro­noncerai les premiers mots de la demande, à savoirRemettez-nous nos dettes, maisje ne réciterai pas les derniers commenous remet­tons à nos débiteurs.

Chercheriez-vous donc à tromperle Christ? Assurément vous ne le tromperiez pas. Le Christ acomposé cette oraison, il se la rappelle parfaitement; commentdès lors le tromper? Votre coeur doit donc ratifier cettedemande, quand vos lèvres la prononcent.

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73.- Demandons-nous alors si celuiqui n’a pas le propos intérieur de pardonner àson pro­chain doit dire encore commenous, nous remettons à nos débiteurs.

Il semble que non, car alors il mentirait. Mais il faut répondrequ’il n’est pas pour autant dispensé de dire commenous, nous remettons à nos débiteurs. En fait, ilne ment pas, parce qu’il ne prie pas en son nom, mais au nom del’Eglise qui, elle, ne s’y trompe pas; c’estpourquoi d’ailleurs cette demande est exprimée aupluriel.

74.- Il importe de le savoir; il ya deux manièresde pardonner au prochain.

La première estla manière des parfaits; elle pousse l’offensé àaller au-devant de l’offenseur, pour lui pardonner,conformément à l’injonc­tion du Psalmiste(Ps., 33, 15): Recherche la paix.

Ladeuxième manière depardonner est com­mune à tous et obligatoire pour tous;elle consiste à accorder le pardon à qui le sollicite.Pardonne au prochain son injustice, ditl’Ecclé­siastique (28, 2), alorsà ta prière, tes péchés te seront remis.

75.- A cette cinquièmedemande de l’orai­son dominicale se rattache la béatitudeBien­heureux les miséricordieux.La miséricorde, en effet, nousporte à avoir pitié de notre prochain.

76.- Ilexiste des pécheurs désireux d’obte­nir lepardon de leurs fautes; ils se confessent et font pénitence;mais ils n’apportent pas toute l’application nécessairepour ne pas retomber dans le péché. Ils sont vraimentinconséquents avec eux-mêmes. En effet, àcertaines heures, ils pleurent leurs péchés et s’enrepentent, et à d’autres heures ils retombent dans leursfautes, et accumulent ainsi la matière de larmes futu­res.C’est la raison pour laquelle le Seigneur leur dit en Isaïe(1, 16): Lavez-vous, purifiez-vous,retirez de ma vue vos pensées mauvaises, cessez de mal faire.

Et c’est aussi pourquoi le Christ, comme nous l’avonsdit, nous enseigne dans la demande pré­cédente, àimplorer le pardon de nos péchés et, dans celle-ci,nous apprend à demander la grâce de pouvoiréviter le péché, par ces paro­les Ne nouslaissez pas succomber à la tenta­tion, car à latentation il appartient précisé­ment de nous fairetomber dans le péché.

77.- Le contenu de cette sixièmedemande de l’oraison dominicale nous invite àexaminer: a) Cequ’est la tentation,

b):Comment et par qui l’hommeest tenté,

c):Comment il est délivréde la tentation.

78.- Qu’est-ceque la tentation?

Tenter ne signifie rien d’autreque mettre à l’essai ou éprouver. Ainsi, tenterun homme, c’est éprouver sa vertu.

Sa vertu peut être mise àl’essai ou éprouvée de deux manières,dans la ligne des exigences de la vertu humaine. Il est requisd’une part que l’oeuvre bonne soit accomplie d’unemanière excellente et d’autre part que l’onse garde du mal. Ce qui est indiqué par le Psalmiste (Ps., 33,15): Evite le mal et fais le bien.

La vertu de l’homme sera doncmise à l’épreuve tantôt au point de vue del’excellence de son agir, tantôt au point de vue de sonéloi­gnement du mal.

79.- Si, enpremier lieu, on vous éprouvepour savoir si vous êtes prompt à vous porter au bien,comme par exemple à jeûner, et si on vous trouveeffectivement prompt au bien, ce sera le signe que votre vertu estgrande.

C’est de cette façon que Dieu éprouve parfoisl’homme; ce n’est pas qu’il ignore sa vertu, maisil veut la faire connaître à tous et à tous ladonner en exemple. Dieu éprouva de cette manièreAbraham (cf. Gen., 2): et Job. Souvent en effet le Seigneur envoiedes tribulations aux justes; s’ils les supportent patiemment,leur vertu est manifestée et ils progressent dans la vertu. LeSeigneur vous tente, disait Moïse aux Hébreux (Deut.,13, 3): afin de faire apparaître au grand jour si oui ou nonvous l’aimez. C’est donc de cette manièreseulement que Dieu tente l’homme, à savoir, enl’excitant à bien faire.

80.- Ensecond lieu, pour éprouver lavertu de l’homme, on l’incitera au mal. S’ilrésiste fortement et ne consent pas, c’est l’indicede la grandeur de sa vertu; mais s’il succombe à latentation, sa vertu est manifestement inexis­tante.

Jamais Dieu ne tente qui que ce soit decette manière; car Dieu est incapable de tenter et de pousserpersonne au mal. Sa propre chair, le diable et l’homme, voilàles tentateurs de l’homme.

81.-b) Commentet par qui l’homme est-il tenté?

La chair tente l’hommede deux manières.

D’abord ellel’aiguillonne et le pousse au mal par la recherche incessantede ses délectations charnelles, occasions fréquentes depéché. Le fait de s’arrêter dans lesdélectations charnelles entraîne la négligencedes choses spirituelles. Chacun, ditsaint Jacques (1, 14), est tentépar sa propre convoitise, qui l’entraîne et le séduit.

En second lieu, lachair nous tente en nous détournant du bien. L’esprit,de lui-même, se délecterait toujours dans les biensspirituels, mais la chair rend l’esprit lourd et l’entrave.Le corps, sujet à la corruption,dit la Sagesse (9, 15), appesantitl’âme; et saint Paulécrivait aux Romains (7, 22): L’hommeintérieur en moi se délecte dans la loi de Dieu; maisje vois dans mes membres une autre loi; cette loi-là luttecontre la loi de ma raison; elle me tient captif sous la loi dupéché, qui est dans mes membres.

Cette tentation de la chair estextrêmement forte, à cause de notre union intime ànotre ennemie, la chair. "Aucune peste, dit Boèce,n’est plus nuisible qu’un ennemi familier. Il faut doncveiller sur les assauts de notre chair. Veillez et priez, ditJésus, (Mt., 26, 41), pour ne pas entrer en tentation.

82.- 20 La chair, une fois domptée,un autre ennemi surgit, le diable. Ilnous tente très fortement et il nous faut lutter contre luiavec vigueur. Nous n’avons pas àlutter contre la chair et le sang, ditsaint Paul (Eph., 6, 12), mais contreles Principautés et contre les Puis­sances, contre lesMaîtres de ce monde de ténè­bres, contre lesEsprits répandus dans les airs. Aussile diable est-il expressément appelé le tentateur,comme le montrent ces paroles de saint Paul (1 Thess., 3, 5): Pourvuque le ten­tateur ne vous ait pas tentés.

Dans ses tentations, le diable se montre consommé en ruse.Semblable à un habile chef d’armée, occupéà assiéger une forteresse, il considère lespoints faibles de l’homme qu’il veut attaquer et faitalors porter l’effort de la tentation là où ilconstate que son adversaire est plus désarmé. Ainsi iltente les hommes, vainqueurs de leur chair, du côté desvices auxquels ils sont le plus enclins, comme la colère,l’orgueil et les autres maladies de l’es­prit. Votreadversaire, le diable, dit saint Pierre (1 épître 5,8), comme un lion rugissant, rôde autour de vous; il cherchequi dévorer.

83.- Le démon, dans sestentations, emploie une double tactique.

D’abord, ilne propose pas aussitôt à l’homme, au moment de latentation, un mal manifeste, mais un bienapparent. Ainsi, au début, il ne détourne quelégèrement l’homme de son orien­tationgénérale antérieure, mais suffisamment pourensuite l’amener plus facilement à pécher. A cesujet, l’Apôtre écrit aux Corinthiens (2 épître11, 14): Rien d’étonnant(si de faux apôtres se camouflenten apôtres du Christ), Satanlui-même se déguise bien, lui, en ange de lumière.

Après avoir amené l’hommeà pécher, Satan l’enchaîne ensuite pourl’empêcher de se rele­ver de ses fautes. Ainsi doncle démon fait deux choses il trompe l’homme et ilmaintient l’homme trompé dans son péché.

84.– 3° Le monde, deson côté, nous tente de deux manières.

Il nous tente, en premier lieu, parun désir excessif et immodéré des chosestemporelles. La cupidité, dit l’Apôtre (1Tim., 6, 10), est la racine de tous les maux.

En second lieu, lemonde nous incite au mal par les frayeurs que nous inspirent lespersécu­teurs et les tyrans. De ce fait, noussommes enveloppés de ténèbres, ditJacob (37, 19), Tous ceux qui veulentvivre avec piété dans le Christ Jésus, écritsaint Paul (2 Tim., 3, 12). Ilssouffriront persécution. Et àce propos, le Sei­gneur a fait cette recommandation à sesdisci­ples (Mt., 10, 20): Necraignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’âme.

85.-c) Nousavons montré ce qu’est la tentation, comment et par quoil’homme est tenté. Examinons maintenant dequelle manière l’homme est délivré de latentation.

A ce sujet, il faut remarquer ceci le Christ nous enseigne àdemander au Père non pas la grâce de ne pas êtretentés, mais bien celle d’évi­ter de nousétablir passivement dans l’état où nousmet la tentation. C’est en effet en surmon­tant et endominant la tentation que l’homme mérite la couronne degloire incorruptible (cf. I Cor., 9, 25; I Pierre 5, 4). C’estpourquoi saint Jacques (1, 2): déclare Tenez pour une joieparfaite, mes frères, d’être en butte àtoutes sortes d’épreuves. Et l’Ecclésiastiquenous aver­tit (2, 1): Mon fils, en entrant au service duSei­gneur, préparez votre âme à l’épreuve.Saint Jac­ques déclare encore (1, 12): Heureuxl’homme qui supporte la tentation su valeur une fois reconnue,il recevra la couronne de vie. Ainsi donc, Jésus nousenseigne à demander au Père de ne pas nous laissersuccomber à la tentation, en lui donnant notre consentement.Aucune ten­tation, dit saint Paul (1 Cor., 10, 13), nenous est survenue, qui passât la mesure humaine. Quel’homme soit tenté en effet est chose nor­male, maisqu’il consente à la tentation et s’y abandonne,cela ne l’est pas, mais lui vient du diable.

86.- Mais objectera-t-on, puisquele Christ dit très précisément Nenous induisez pas en tentation, c’est-à-dire,ne soyez pas cause d’un entraînement et d’uneentrée fatale dans la ten­tation, ne faut-il pascomprendre que c’est Dieu lui-même, plutôt que lediable, qui nous entraîne activement au mal?

Je réponds ceci: C’estuniquement en permettant le mal et en n’y mettant pasd’obstacle que Dieu, si on peut dire, achemine l’homme aumal. Ainsi Dieu sera dit induire un homme en tentation, lors­qu’ilretirera sa grâce, à cause des nombreux péchésde cet homme; ce qui aura pour effet de faire tomber celui-ci dans lepéché. C’est pour être préservéd’un tel malheur, que le Psalmiste demande à Dieu danssa prière (Ps. 70, 9): Lors­que mes forces déclineront,Seigneur, ne m’aban­donnez pas.

Par contre, grâce à laferveur de la charité qu’il lui donne, Dieu conduitl’homme de telle manière qu’il ne soit pas induiten tentation, au sens que nous avons expliqué plus haut (n°82, 83). La charité en effet, Si minime soit-elle, peutrésister à n’importe quel péché.Car les grandes eaux (de la tentation): n’ont puéteindre l’amour, dit le Cantique des Cantiques (8,7).

De même le Seigneur nous dirigepar la lumière de l’intelligence; par elle, il nousmontre les oeuvres que nous devons accomplir. D’après lePhilosophe Aristote, en effet, tout pécheur est un ignorant. -Cette lumière pour bien agir, David la demandait par cesparoles (Ps. 31, 8): Seigneur, illuminez mes yeux, que je nem’en­dorme pas dans la mort. Que mon ennemi ne dise pasj’ai triomphé de lui.

87.- Cette lumière nousvient par le don d’intelligence.

Si nous refusons notre consentement àla ten­tation, nous gardons cette pureté du coeur,béatifiée par Jésus, en ces termes (Mt., 5, 8):Bien­heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu et nousparviendrons à la vision de Dieu.

Que Dieu nous y conduise effectivement.

88.- Dans les deux demandesprécédentes, le Seigneur nous apprend à implorerle pardon de nos péchés, et il nous montre commentéchapper aux tentations. Ici, il nous enseigne àdemander d’être préservés du mal.

Cette demande est générale.D’après saint Augustin, elle vise les différentesespèces de maux, à savoir les péchés, lesmaladies, les afflictions. Nous avons déjà parlédu péché et de la tentation; il nous reste àtraiter des autres catégories de maux, c’est-à-direde toutes les adversités et afflictions de ce monde.

De ces adversités et de ces afflictions, Dieu nous délivrede quatre manières.

89.- Enpremier lieu, Dieu délivrel’homme de l’affliction, quand il écarte celle-cide lui cela, il le fait rarement. Dans ce monde, en effet, les saintssont affligés. Tous ceux, ditsaint Paul (2 Tim., 3, 12), qui veulentvivre pieuse­ment dans le Christ Jésus connaîtrontla persé­cution.

Cependant, Dieu accorde parfois àtel ou tel de n’être pas affligé par le mal.Quand, en effet, il le sait incapable de supporter l’épreuve,il agit comme un médecin, qui évite de donner àun grand malade des médecines violentes. Voici, dit leSeigneur (Apoc., 3, 8), que j’ai mis devant toi une porteouverte, que nul ne peut fermer, et ce, à cause de ton défautde vigueur.

Dans la patrie céleste, il en va tout autre­ment. Nul n’yest affligé. C’est la loi générale pourtous les élus. Ils n’auront plus faim, ils n’aurontplus soif, est-il dit dans l’Apocalypse (7, 16-17),et jamais ne les accablera le soleil ni aucun vent brûlant.Car l’Agneau qui est au milieu du trône les fera paîtreet les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuieratoute larme de leurs yeux.

90.- Ensecond lieu, Dieu nous délivredu mal par l’octroi des consolations, au temps de l’affliction.Privé de ces divines consolations, l’homme ne pourraitsubsister au milieu des épreuves. Noussommes, disait saint Paul (2 Cor., 1,8), accablés au delà deIoule mesure, au delà de nos forces, etil ajoutait (2 Cor., 7, 6): mais Dieunous a consolés, Lui qui récon­forte les humbles.Vos consolations réjouissent mon âme, chantaitaussi le Psalmiste (Ps. 93, 19), à proportiondes douleurs surabondantes de mon coeur.

91.- Entroisième lieu, Dieu comble lesaffligés de tant de bienfaits qu’ils en viennent àoublier leurs maux. Après latempête, disait Tobie (3, 22),vous ramenez le calme. Ainsinous ne devons pas craindre les afflictions et les tri­bulationsdu monde; elles sont en effet facile­ment supportables, àcause des consolations que Dieu y mêle et à cause deleur brève durée. Lalégère tribulation d’un moment, diten effet saint Paul (2 Cor., 4, 17), nousprépare, au delà de toute mesure, un poids éternelde gloire; car elle nous faiteffectivement parvenir à la vie éternelle.

92.- Enquatrième lieu, - et pourétendre l’idée du mal à tous les maux (n°88): -, Dieu tire du bien de tous les maux, tentations ettri­bulations.

Aussi Jésus ne nous fait pasdire Délivrez-nous de la tribulation, mais Délivrez-nousdu risque de mal véritable qu’elle porte avecelle.

Les tribulations sont en effet donnéesaux saints pour leur bien, pour leur faire mériter la couronnede gloire; et c’est pourquoi, loin de demander d’êtredélivrés des tribulations, les saints font leurs lesparoles de l’Apôtre (Rom., 5, 3): Non seulement nousnous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu,mais nous nous glorifions encore dans les tribulations, sachant quela tribulation produit la constance. Et ils répètentla prière du livre de Tobie (3, 12): Au temps de latribulation, Dieu de nos Pères, vous pardonnez les péchésde ceux qui vous invo­quent.

Dieu donc délivre l’homme du mal et de la tribulation,en transformant tribulation et mal en bien; et c’est làle signe d’une sagesse consommée, puisqu’en effetil appartient au sage d’ordonner le mal au bien. Dieu yparvient, en donnant à l’homme la grâce d’êtrepatient dans ses tribulations. Les autres vertus se servent desbiens, mais la patience est seule à tirer pro­fit desmaux; eux seuls donc la rendent néces­saire. C’estpourquoi sa nécessité apparaît seu­lement aumilieu des maux, c’est-à-dire dans les adversités.Nous lisons en effet dans les Prover­bes (19, 11): La sagessed’un homme, vous la reconnaîtrez à sa patience,qui lui fait ordon­ner le mal au bien.

93.- C’est pourquoi l’EspritSaint nous fait adresser cette demande au Père, par le don dela sagesse. Grâce à ce don, nous parvenons à labéatitude, à laquelle nous ordonne la paix. Lapatience, en effet, nous assure la paix dans l’ad­versitécomme dans la prospérité. C’est pour­quoi lespacifiques sont appelés fils de Dieu. Ils sont, en effet,semblables à Dieu. A eux, comme à Dieu, rien ne peutnuire, ni la prospérité, ni l’adversité.Bienheureux doncles pacifiques;ils seront appelés fils de Dieu(Mt., 5, 9).

94.- Le mot Amenest la réaffirmation généraledes sept demandes de l’Oraison domi­nicale.

Explicationabrégée de l’Oraison dominicale

95.- Pour avoir un aperçugénéral sur l’Oraison dominicale, il suffit desavoir qu’elle contient tout ce que nous devons désirer,et tout ce qu’il nous faut fuir et éviter.

Or, parmi tous les biens désirables,le plus désiré est aussi le plus aimé, et c’estDieu. C’est pourquoi notre première demande Que votrenom soit sanctifié est une demande de la gloire de Dieu.

De Dieu, vous attendez pour vous-mêmetrois biens.

Le premier estl’obtention de la vie éternelle. Cette vie éternelle,vous la sollicitez par la de­mande Quevotre règne arrive.

Accomplir la volonté de Dieu etsa justice est le deuxième des biens, que vous désirezpour vous-même; la prière Que votre volontésoit faite sur la terre comme au ciel est la demande de cedeuxième bien.

Le troisième bien quevous voulez pour vous­- même consiste en la possession deschoses nécessaires à votre vie; la possession de ceschoses, vous la sollicitez par cette prière Don­nez-nousaujourd’hui notre pain quotidien.

Une parole du Seigneur citée parsaint Mat­thieu (6, 33), se rapporte à ces trois objets denos désirs, qui sont le royaume de Dieu ou la vie éternelle,la volonté de Dieu et sa justice, les biens nécessairesà la vie d’ici-bas.

Cette parole, la voici Cherchez leroyaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donnépar surcroît.

Elle correspond exactement dans ses trois parties aux trois objets denos désirs, énumérés plus haut, et quesollicitent les deuxième, troi­sième et quatrièmedemandes de l’oraison domi­nicale.

96.- Nous avons dit que le "NotrePère" contient également tout ce que nous devonsfuir et éviter. Il nous faut fuir et éviter ce qui estcontraire au bien. Le bien est ce qu’en toute chose nousdésirons d’abord. Nous venons d’énumérerles quatre biens, quenous désirons.

Le premier estla gloire de Dieu. A ce bien, aucun mal ne s’oppose. Situ pèches, dit le Livre de Job(35, 6), en quoi nuis-tu à Dieu?Si tu multiplies les offenses, lui fais-tu quelque mal? Si tu esjuste, que lui donnes-tu ou que reçoit-il de ta main? Eneffet, la gloire de Dieu résulte et du mal, en tant que Dieule punit, et du bien, en tant qu’il le récompense.

Le deuxième bien, objetde nos désirs, est la vie éternelle. A elle s’opposele péché; par le péché, en effet, nousperdons la vie éternelle. Aussi pour repousser le péché,nous disons Remettez-nous nos dettes, comme nous-mêmes,nous remettons à nos débiteurs.

Le troisième bienconsiste dans la justice et les bonnesoeuvres. La tentation s’oppose à l’une et auxautres. En effet, les tentations nous em­pêchentd’accomplir le bien et pour les repous­ser, nous disons Etne nous laissez pas suc­comber à la tentation.

(Video) 33 Notre Père - en français - puissante prière de protection

Le quatrième biendésiré de nous comprendles choses nécessaires à notre vie terrestre. A ellessont contraires les adversités et les tribu­lations. C’estpourquoi, nous en demandons l’éloignement par cetteprière Mais délivrez-­nousdu mal.

AMEN.
FIN DE L'EXPLICATION DU NOTRE PÈRE

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Last Updated: 08/07/2022

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