Patrimoine. Dans la Manche, de nouvelles épaves livrent des secrets du règne de Louis XIV (2022)

Dans la Manche, un pêcheur a récemment découvert une épave de la bataille de la Hougue (1692). Depuis le 15 août 2022, une campagne archéologique sous-marine récolte des éléments.

Par Carole Legoff Publié le mis à jour le 27 Août 22 à 20:32

La Presse de la Manche

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330 ans après la bataille de la Hougue, en 1692, des morceaux d’histoire reposent encore au fond des mers. À proximité de lîle Tatihou, les spécialistes et historiens avaient déjà connaissance de l’existence de plusieurs épaves, retraçant cet épisode marquant du règne de Louis XIV.

En 2021, Julien Lerévérend, pêcheur du Val de Saire, a signalé une nouvelle épave. Une mission a alors été programmée afin d’expertiser cette découverte, ainsi que plusieurs autres se situant devant Saint-Vaast-la-Hougue (Manche).

Depuis le 15 août et jusqu’au 30 août 2022, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines du ministère de la Culture (Drassm) se trouve sur les lieux. L’attention des chercheurs se concentre sur trois épaves en particulier. Les premiers résultats de leurs recherches sous-marines s’annoncent prometteurs.

« L'une d'entre elles apparaît très érodée et pourrait correspondre au vaisseau de deuxième rang Le Terrible, perdu dans les roches au sud de l'île Tatihou. »

>>> Julien Lerévérend est pêcheur àMorsalines. C’est lors d’une chasse sous-marine, qu’il pratique pour le plaisir, qu’il a fait la découverte de l’épave. « La veille, j’avais trouvé un morceau de bois taillé comme un passage de boulet de canon. Je me suis donc dit que j’allais retourner dans le secteur le lendemain. C’est là que j’ai vu la quille de 6 mètres de long sur 50 cm. » Tout de suite, le pêcheur de « Tcheu nous » a pensé à une épave de la bataille de la Hougue. « L’aspect du bois correspondait bien à cette époque », assure-t-il. Il la déclare aux archéologues. « Ils m’ont confirmé que cela pourrait être Le Terrible. C’est une grande fierté ! ».

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Premiers éléments enthousiasmants

Deux autres épaves, situées dans l’anse du Cul de Loup, apparaissent, quant à elles, dans un très bon état de conservation, en raison d’une épaisse couche d’un mètre de vase au-dessus d’elles.

« L'étude des vestiges de ces vaisseaux apporterait indéniablement des informations précieuses sur la marine du Roi Soleil, et peut amplement justifier la programmation de recherches plus approfondies. »

Ces recherches sous-marines viennent compléter celles déjà réalisées entre 1990 et 1995, sous la direction de Michel L’Hour et Élisabeth Veyrat. Un chantier de 433 jours, avec une équipe de 12 plongeurs. « Pendant les campagnes, 120 archéologues de 14 nationalités différentes ont été formés », souligne le département de la Manche, qui a en partie financé ce projet. En 1990, au cours d’une prospection, trois possibles épaves ont été repérées.

« Mais le Drassm, déjà engagé par la fouille de cinq épaves de Tatihou, dans le contexte d'ouverture du musée maritime, ne pouvait alors intervenir sur ces découvertes. »

30 ans après, nouvelles fouilles

Tous les jours, par environ 3 mètres de profondeur, les plongeurs descendent durant une heure trente sous l’eau, afin de collecter un maximum d’informations. Les équipes observent, mesurent, inventorient… et rentreront avec de très nombreuses données à analyser et approfondir.

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Leur travail ne fait, finalement, que commencer… « Selon les éléments, il nous faudra sûrement faire appel à des experts, ce qui peut prolonger la durée d’analyse », ajoute le service du Drassm, qui réalise des missions similaires dans l’Atlantique, la Manche ou la Méditerranée.

« Cela va contribuer à enrichir les données partagées au musée de Tatihou. Nous attendons vraiment de savoir ce qui va en ressortir... Mais cela peut prendre des semaines, des mois, et, si cela se trouve, des années. »

La présence des spécialistes fait le bonheur d’Annick Perrot, historienne saint-vaastaise.

« C'est très émouvant d'assister, l'année des 30 ans du musée de Tatihou, à une nouvelle prospection. Ils laissent à la nouvelle génération le soin de poursuivre un travail commencé il y a trente ans. C'est vraiment extraordinaire de voir des spécialistes reprendre ce travail, avec, selon toute vraisemblance, de nouveaux éléments à partager. Je pense que nous ne sommes pas au bout de nos surprises... Il s'agit là d'un trésor, au sens archéologique. Les équipes gardent le mystère, et c'est très bien. Il faut protéger ce patrimoine. »

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La bataille de la Hougue en questions

Que s'est-il passé le 29 mai 1692 ?
Louis XIV a accueilli le roi Jacques II contraint d'abandonner son trône, chassé par les partisans de Guillaume d'Orange. Louis XIV souhaite le rétablir sur le trône d'Angleterre. Il décide alors d'organiser un débarquement de la marine royale sur les côtes anglaises. Il prévoit de réunir un armement de 50 vaisseaux de ligne, à Brest, de rassembler 4 500 chevaux au Havre et à Barfleur, et 15 000 hommes d'infanterie à Morsalines et Quinéville. Mais tout ne se passe pas comme prévu, et les effectifs peinent à être rassemblés. Au final, 44 vaisseaux seront appareillés.
Le 12 mai 1692, l'amiral Tourville appareille de Brest avec une flotte incomplète en direction du Val de Saire, où doivent embarquer les troupes. Le 29 mai, la flotte rencontre la puissance navale anglo-hollandaise, deux fois plus fournie. Le soir, la flotte française cherche à se replier vers Brest, mais 15 vaisseaux ne peuvent franchir le raz Blanchard en raison de la renverse du courant. Trois d'entre eux s'abriteront en rade de Cherbourg, alors que les 12 autres se réfugient sous la Hougue et à Tatihou où ils sont échoués et incendiés les 2 et 3 juin.

Quel impact après cette défaite ?
Cet épisode dramatique a mis en évidence la faible défense de la côte. L'ingénieur Vauban, missionné dans le Cotentin par Louis XIV en 1686, avait tenté de convaincre le roi de la nécessité d'en renforcer les défenses. Après la bataille de la Hougue, le souverain consent à accorder des fonds à Vauban, qui, en septembre 1692, lui présente un projet de défense conjuguant l'observation et le tir en mer.
Au final, seuls les plans des tours seront acceptés. Elles seront bâties sous la responsabilité de Benjamin Decombes, sur l'île Tatihou et à la Hougue. Elles seront achevées au bout de cinq ans. Aujourd'hui, ces deux tours sont classées au patrimoine de l'Unesco, au titre de l'œuvre de Vauban.

Comment s'informer sur cette histoire ?
Sur l'île Tatihou, un musée détaille le contexte et la bataille de la Hougue. Des objets, issus des fouilles, y sont également exposés. Cette exposition permanente est complétée par des expositions temporaires, un espace dédié à la charpente navale. Si l'histoire maritime a guidé son ouverture, on trouve aussi des éléments en lien l'ethnologie et l'histoire de la vie littorale.

Touteune équipe a embarqué à bord de l’André Malraux : la directrice de mission est assistée de six scientifiques. À cela, il faut ajouter les six membres d’équipage du bateau qui assurent les manoeuvres en mer, ce qui représente 13 personnes au total.

  • #Cotentin

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Author: Amb. Frankie Simonis

Last Updated: 01/03/2023

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